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10 milliards de dollars : les États-Unis misent gros sur la fusion nucléaire face à la Chine

Reacteur nucleaire avec plasma lumineux enferme par magnetisme

Reproduire en laboratoire l’énergie du Soleil : l’idée fait rêver depuis soixante-dix ans. Elle n’a jamais autant attiré l’argent. Washington et ses investisseurs privés alignent des sommes jamais vues autour de la fusion nucléaire, et ce n’est pas un hasard : à Pékin, un programme d’État avance à marche forcée.

Derrière les chiffres se joue une bataille pour l’énergie de la seconde moitié du siècle. Voici ce que représentent ces 10 milliards, qui court le plus vite, et à quelle échéance vous pouvez espérer voir un réacteur alimenter un réseau électrique.

10 milliards de dollars : l’investissement massif des États-Unis

Les 10 milliards de dollars forment un ordre de grandeur plus qu’un chèque unique. Selon la Fusion Industry Association, les investissements cumulés du secteur privé mondial dans la fusion approchent cette barre, et une très large part se concentre aux États-Unis. S’y ajoutent les budgets publics, portés par le département de l’Énergie, qui a lancé un programme d’étapes pour accompagner les industriels vers des centrales pilotes.

Ce mouvement repose sur des start-ups qui ont convaincu des investisseurs de long terme. Commonwealth Fusion Systems, issue du MIT, a levé plusieurs milliards de dollars et construit SPARC, un tokamak compact utilisant des aimants supraconducteurs à haute température. Helion, de son côté, a signé avec Microsoft un accord d’approvisionnement en électricité de fusion, avec un calendrier très ambitieux. Les géants du numérique, avides d’électricité pour leurs centres de données, sont devenus des clients de premier plan.

10 milliards : l’ordre de grandeur à garder en tête

Pour comparer, le projet international ITER a déjà coûté plus de 20 milliards d’euros pour une seule machine. Le secteur privé américain, lui, finance une dizaine d’entreprises aux approches très différentes. L’argent se répartit donc entre plusieurs paris technologiques, et non sur un seul réacteur.

La Chine en position de force dans la course à la fusion

Pékin n’a pas la même stratégie : un pilotage central, des budgets publics et une construction rapide des machines. La Chine a créé en 2025 une société nationale dédiée à la fusion, dotée d’un capital de 15 milliards de yuans, soit environ 2 milliards de dollars. Les estimations occidentales évoquent des dépenses publiques annuelles qui rivalisent avec celles des États-Unis, même si les chiffres officiels restent opaques.

Les résultats suivent. Le tokamak EAST, à Hefei, a maintenu un plasma en mode de haut confinement pendant 1 066 secondes début 2025. Ce record de durée ne signifie pas production d’énergie, mais il prouve une maîtrise croissante du confinement magnétique. À Hefei toujours, la machine BEST, en construction, vise le gain énergétique net à l’horizon de la fin de la décennie.

Plusieurs observateurs jugent que la Chine pourrait rattraper puis dépasser les États-Unis sur la partie industrielle : chaîne d’approvisionnement en aimants, métaux rares, capacité de fabrication. C’est ce qui inquiète Washington, bien plus que la seule performance d’une machine.

Acteur Machine ou outil Fait marquant
États-Unis (NIF) Confinement inertiel par laser Ignition en 2022, record à 8,6 MJ en 2025
États-Unis (Commonwealth Fusion Systems) Tokamak SPARC Aimants à haute température, objectif Q supérieur à 1
Chine Tokamak EAST, puis BEST Plasma maintenu 1 066 secondes en 2025
Europe ITER, WEST, Wendelstein 7-X Plasma de 1 337 secondes pour WEST en 2025

Une compétition géopolitique pour l’énergie du futur

Plasma incandescent bleu eclairant chambre experimentale

Pourquoi tant de moyens pour une technologie qui n’a pas encore produit un kilowattheure sur un réseau ? Parce que celui qui la maîtrisera en premier détiendra une énergie propre, pilotable et quasiment inépuisable. Le deutérium se puise dans l’eau de mer, et le tritium peut être produit à partir du lithium. La fusion nucléaire promet donc une indépendance énergétique quasi totale, sans les gaz à effet de serre des énergies fossiles.

Elle sert aussi la décarbonation de l’industrie lourde et alimente la sécurité énergétique des États. Washington veut éviter de répéter l’histoire du solaire, où la Chine a conquis le marché grâce à sa capacité de production. Voilà pourquoi la fusion est désormais traitée comme une affaire de souveraineté, au même titre que les semi-conducteurs.

L’Europe, elle, joue sa carte avec ITER et des programmes nationaux. L’Allemagne a annoncé un plan de plusieurs milliards d’euros pour devenir un pays pionnier, avec des start-ups comme Proxima Fusion. La France abrite ITER à Cadarache et le tokamak WEST, qui a battu un record de durée de plasma en 2025.

Les avancées récentes qui changent la donne

La physique a franchi des étapes que l’on croyait lointaines. En décembre 2022, le National Ignition Facility (NIF), en Californie, a réussi l’ignition : la réaction a libéré plus d’énergie que celle livrée par les lasers à la cible. Depuis, le NIF a répété l’exploit et dépassé en 2025 les 8 mégajoules, soit un gain d’environ quatre fois l’énergie laser incidente.

Le bilan global reste pourtant négatif. Les lasers consomment bien plus d’électricité que la fusion n’en restitue. C’est la distinction à retenir : l’ignition prouve que le principe fonctionne, le gain énergétique net à l’échelle d’une installation reste à démontrer.

Du côté du confinement magnétique, la grande révolution vient des aimants supraconducteurs à haute température. Ils permettent de créer des champs magnétiques plus intenses, donc des réacteurs plus compacts et moins chers à bâtir. C’est le pari de Commonwealth Fusion Systems, qui espère obtenir son premier plasma sur SPARC et démontrer un gain supérieur à 1.

Idée reçue : « un record de durée, c’est une centrale proche »

Maintenir un plasma pendant plus de mille secondes démontre la stabilité d’un tokamak, pas la production d’électricité. Les records de durée, de température ou d’énergie se mesurent sur des critères différents, et aucun ne suffit seul pour juger un réacteur.

Quand la fusion nucléaire deviendra-t-elle une réalité ?

Machine fusion industrielle teinte or metallique

Le vieux proverbe du milieu scientifique affirme que la fusion est toujours à trente ans. Les records s’accumulent, les délais aussi. ITER, dont le dernier secteur de la chambre à fusion vient d’être achevé, a revu son calendrier : les premières expériences avec un plasma deutérium-tritium sont désormais attendues vers 2039, loin des promesses initiales.

Les industriels privés tablent sur des échéances plus courtes. Commonwealth Fusion Systems vise une centrale pilote en Virginie au début des années 2030, et Helion promet de l’électricité vers 2028. Ces dates relèvent plus de l’objectif que de la certitude : passer d’un démonstrateur à un réacteur fiable, avec un cycle du tritium maîtrisé et des matériaux résistant aux neutrons, reste un défi d’ingénierie colossal.

Alors, qui l’emportera ? Les États-Unis disposent du capital privé, de l’innovation et d’un écosystème de start-ups sans équivalent. La Chine mise sur la continuité de l’effort public et sur sa puissance industrielle. Le plus probable est une course serrée, où quelques années d’avance feront toute la différence. Pour vous, la conséquence sera sans doute lointaine, mais les choix faits aujourd’hui dessinent la carte énergétique des décennies à venir.

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Article publié par la rédaction de Toulouse Neuf.

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