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Pourquoi les banques et assurances publient leur bilan carbone sans vraiment tout dire

Margaux Gauthier
Margaux Gauthier
septembre 17, 2026 6 min
Directeur etudiant rapport financier incomplet sur bureau

Un rapport RSE flambant neuf, des courbes qui descendent, des engagements nets zéro affichés en couverture. Sur le papier, les banques et assurances semblent avoir pris le virage climatique. Sauf qu’en creusant leur bilan carbone, on découvre des trous béants : des activités entières absentes des calculs, des méthodologies maison difficiles à vérifier, et des chiffres qui ne racontent qu’une partie de l’histoire.

La réponse tient en une phrase : la quasi-totalité des émissions réelles d’une banque ou d’un assureur ne vient pas de ses bureaux ou de ses déplacements professionnels, mais des entreprises qu’elle finance et assure. Ces émissions financées, ce fameux scope 3, représentent souvent plus de 95 % de l’empreinte carbone totale d’un établissement financier. Or c’est précisément la partie la plus difficile à mesurer, la moins standardisée, et donc la plus souvent minimisée ou tout simplement absente des rapports grand public.

Pourquoi les banques et assurances sous-estiment leur bilan carbone

Les périmètres d’émissions souvent incomplets

Quand une banque communique sur sa neutralité carbone, elle parle le plus souvent de son propre fonctionnement : électricité des agences, flotte de véhicules, déplacements des salariés. Ces postes sont réels, mais ils pèsent peu face à l’ensemble du portefeuille de crédits et d’investissements. Un établissement peut afficher une baisse de 30 % de ses émissions internes tout en continuant à financer des projets pétroliers ou gaziers à hauteur de plusieurs milliards. Le périmètre de calcul choisi détermine presque entièrement le résultat final, et c’est justement ce choix qui reste rarement expliqué en détail dans les rapports publics.

Le calcul complexe des émissions financées (scope 3)

Estimer les émissions financées suppose de connaître l’empreinte carbone de chaque entreprise cliente, puis de la rapporter à la part du financement accordé. Pour les assureurs, l’exercice est encore plus flou : comment attribuer une part d’émissions à un contrat d’assurance plutôt qu’à un prêt ? La méthodologie PCAF (Partnership for Carbon Accounting Financials) tente d’harmoniser ces calculs, mais son application reste facultative et inégale selon les groupes. Résultat, deux banques concurrentes peuvent afficher des chiffres qui ne sont tout simplement pas comparables entre eux.

L’écart qui change tout : scope 1 versus scope 3

Pour une banque, les émissions directes (scope 1 et 2) représentent en général moins de 1 % de son empreinte carbone totale. Le reste provient des financements et investissements, autrement dit des activités de ses clients. Communiquer uniquement sur les premiers postes revient à ignorer l’essentiel du problème.

Un manque généralisé de transparence dans le reporting climatique

Plusieurs études européennes pointent une hétérogénéité criante dans la manière dont les établissements financiers présentent leurs données. Certains groupes publient des indicateurs climatiques détaillés secteur par secteur, d’autres se contentent d’un chiffre global agrégé, impossible à décomposer. Cette absence de standard rend toute comparaison hasardeuse pour un investisseur, un client ou un régulateur qui souhaiterait évaluer réellement l’exposition d’une banque au financement fossile.

L’ACPR, le régulateur français du secteur bancaire et assurantiel, a d’ailleurs publié des travaux soulignant ce manque de granularité. Le constat est simple : la transparence climatique existe sur le papier, mais elle reste souvent partielle, sélective, et rarement auditée par un tiers indépendant. Les assureurs, en particulier, peinent à documenter précisément l’empreinte carbone de leurs portefeuilles d’investissement, faute de données fiables sur leurs participations.

Des engagements climatiques inégaux et peu vérifiables

Documents bancaires et graphiques montrant promesses environnementales vagues

Beaucoup de groupes bancaires ont rejoint des alliances internationales pour aligner leurs activités sur l’Accord de Paris. Ces engagements climatiques sont réels, mais leur suivi reste largement déclaratif. Aucun mécanisme de sanction contraignant n’existe si une banque continue de financer massivement des projets d’énergies fossiles tout en affichant une trajectoire de sortie progressive. La distance entre la communication et les flux financiers réels reste, dans bien des cas, difficile à quantifier de l’extérieur.

Ce qui est souvent communiqué Ce qui manque fréquemment
Émissions des locaux et déplacements Émissions financées détaillées par secteur
Objectifs globaux de neutralité Trajectoire chiffrée de sortie du financement fossile
Montants investis dans la finance verte Part réelle de ces montants dans le total des encours

Les efforts réglementaires pour cadrer le reporting ESG

La directive CSRD impose désormais un reporting ESG plus exigeant aux grandes entreprises européennes, banques et assurances incluses. Elle introduit le principe de double matérialité : évaluer à la fois l’impact du climat sur l’activité financière, et l’impact de cette activité sur le climat. Cette approche oblige les établissements à documenter des données jusque-là laissées de côté, notamment sur leurs portefeuilles d’investissement les plus exposés au risque climatique.

L’AMF et l’ACPR ont conjointement appelé à une amélioration du suivi des engagements pris par les acteurs financiers, en réclamant des indicateurs climatiques plus précis et mieux vérifiés. La régulation avance, mais son application reste progressive : les premiers rapports complets sous CSRD ne concernent encore qu’une partie des établissements, et les sanctions en cas d’écart restent limitées.

Que peut-on attendre à l’avenir du secteur financier ?

Graphiques emissions financieres avec donnees auditables comparatives

La pression monte de plusieurs côtés à la fois. Les régulateurs européens réclament des méthodologies harmonisées, les investisseurs institutionnels exigent des données auditables, et les associations spécialisées publient des classements comparatifs qui mettent en évidence les écarts entre discours et pratiques. Cette convergence pousse progressivement les banques européennes à affiner leurs calculs d’émissions financées plutôt qu’à se contenter d’un chiffre flatteur.

À moyen terme, l’harmonisation des méthodologies comme PCAF, combinée aux exigences de la CSRD, devrait réduire les marges de manœuvre laissées aux établissements pour choisir un périmètre de calcul avantageux. Le secteur financier reste néanmoins dans une phase de transition où la transparence climatique progresse plus vite dans les textes réglementaires que dans les pratiques effectives des banques et des assureurs.

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Margaux Gauthier

Amoureuse des projets immobiliers et de la rénovation de patrimoine
Sensible aux décisions qui structurent un projet immobilier et une rénovation durable. Observe les matériaux, les budgets, les économies réelles. Partage quotidiennement ce qui fonctionne : chasser le superflu, construire mieux avec moins, valoriser le patrimoine. Basée en région Occitanie.
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