Immobilier

Strépy-Thieu, l’ascenseur funiculaire belge aux 117 mètres qui a battu tous les records

Margaux Gauthier
Margaux Gauthier
septembre 28, 2026 4 min
Cabine suspendue par cable monte pente

Un immeuble de 40 étages capable de soulever des bateaux chargés à bloc. Voilà, en une image, ce qu’est l’ascenseur de Strépy-Thieu. Planté dans le Hainaut, entre La Louvière et Le Roeulx, cet ouvrage d’art détient depuis sa mise en service un record que personne n’a encore égalé.

Strépy-Thieu : un record mondial de 117 mètres de hauteur

La réponse tient en un chiffre : 117 mètres de haut pour une dénivellation utile de 73,15 mètres. C’est la plus haute chute d’eau franchie par un ascenseur à bateaux sur la planète. Aucun autre ouvrage de ce type, ni en Europe ni ailleurs, ne fait mieux à ce jour.

Pour se représenter la chose, il faut imaginer une tour équivalente à un immeuble d’une quarantaine d’étages, mais conçue pour hisser des péniches entières d’un seul bloc, à la verticale. L’ascenseur permet aux bateaux de franchir en quelques minutes une dénivellation que le Canal du Centre mettait auparavant près d’une demi-journée à absorber, via une série d’écluses successives.

Des caractéristiques techniques hors normes

L’ouvrage repose sur deux bacs indépendants, aussi appelés caissons, remplis chacun de 8 500 tonnes d’eau. Chaque bac mesure 112 mètres de long sur 12 mètres de large, de quoi accueillir des convois poussés ou des péniches de grand gabarit, jusqu’à 1 350 tonnes de charge utile.

Le tableau suivant résume les chiffres clés de l’installation :

CaractéristiqueValeur
Hauteur totale de la structure117 mètres
Dénivellation franchie73,15 mètres
Longueur d’un bac112 mètres
Largeur d’un bac12 mètres
Poids d’eau par bac8 500 tonnes
Charge utile maximale1 350 tonnes
73 mètres en 7 minutes

Un bateau met environ 7 minutes pour être soulevé ou descendu de 73,15 mètres. Par comparaison, la traversée de la série d’écluses qu’il remplaçait sur le Canal du Centre prenait plusieurs heures.

L’histoire d’une construction monumentale

Peniche tonnage europeen ecluse canal chantier

Le projet est lancé dans les années 1980 pour moderniser le Canal du Centre et le mettre au gabarit européen, celui des péniches de 1 350 tonnes. Les chantiers de génie civil démarrent au début des années 1990, dans une région marquée par le déclin industriel et où ce type d’ouvrage représente aussi un symbole de renouveau.

La mise en service intervient en 2002, après plus d’une décennie de travaux. La construction mobilise des équipes d’ingénierie belges pointues, confrontées à des défis inédits : couler des fondations capables de supporter des dizaines de milliers de tonnes en mouvement, tout en garantissant une précision millimétrique pour l’alignement des bacs avec le canal.

Les quatre ascenseurs historiques du Canal du Centre, plus petits, sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Strépy-Thieu, bien que plus récent et de conception différente, s’inscrit dans cette même continuité technique et patrimoniale, comme héritier direct de ce savoir-faire belge en matière de transport fluvial.

Le fonctionnement de l’ascenseur à bateaux

Le principe repose sur la translation verticale de deux bacs indépendants, chacun se déplaçant dans sa propre tour de béton. Un bateau entre dans le bac au niveau bas ou haut du canal, les portes se referment, et le caisson tout entier, avec son eau et son chargement, s’élève ou descend le long de rails guidés par des contrepoids.

Ce système de contrepoids est ce qui rend l’opération possible avec une consommation d’énergie relativement modérée : l’eau du bac ne bouge jamais par rapport au bateau, seule la structure entière se déplace. Une fois arrivé à l’altitude voulue, le bac s’aligne avec le bief du canal, les portes s’ouvrent, et le bateau poursuit sa route comme si de rien n’était.

Impact et importance pour le transport fluvial belge

Avant Strépy-Thieu, le franchissement de cette dénivellation nécessitait une chaîne d’écluses lentes et peu adaptées aux gabarits modernes. L’ascenseur a permis d’ouvrir le Canal du Centre aux convois de 1 350 tonnes, alignant ainsi la Belgique sur les standards de navigation intérieure en vigueur dans le reste de l’Europe, à l’image du chantier du canal Seine-Nord Europe actuellement mené en France pour moderniser ses propres voies fluviales.

Pour les entreprises qui utilisent la voie d’eau plutôt que la route, le gain est concret : moins de temps de transit, une capacité de charge multipliée, et un accès direct aux grands axes fluviaux reliant le Hainaut au reste du réseau européen. L’ouvrage reste aujourd’hui un point de passage stratégique pour le fret fluvial dans la région, tout en attirant chaque année des visiteurs venus observer cette prouesse d’ingénierie depuis la plateforme panoramique installée au sommet de la structure.

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Margaux Gauthier

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