Une maison fermée dix mois par an, des volets clos, aucun voisin pour surveiller. C’est exactement le profil que recherchent les squatteurs. Longtemps concentré sur les logements urbains et, plus récemment, sur les piscines privées laissées sans surveillance, le phénomène gagne désormais les résidences secondaires, ces maisons de campagne ou de bord de mer qui restent vides une grande partie de l’année (un enjeu déjà connu en copropriété, où 30 % de logements vides suffisent à bloquer la végétalisation).
La réponse tient en quelques points clairs : la loi anti-squat de 2023 a considérablement raccourci les délais d’expulsion, les sanctions pénales ont été durcies, et une procédure rapide existe désormais pour les résidences secondaires, à condition de porter plainte vite et de prouver l’effraction. Reste que la prévention demeure la meilleure arme face à des logements vides plusieurs mois d’affilée.
Résidences secondaires : la nouvelle cible des squatteurs
Les squatteurs ont toujours privilégié les biens sans occupant régulier. Après une vague de signalements concernant des piscines envahies pendant l’été, l’attention s’est déplacée vers des maisons entières, souvent situées en zone rurale ou littorale, où l’absence prolongée des propriétaires facilite l’installation.
Ce glissement s’explique aussi par un effet mécanique de la loi. Depuis le renforcement du cadre légal, le domicile principal bénéficie d’une protection renforcée et d’une procédure d’expulsion accélérée en cas de flagrant délit. Les squatteurs, plus informés qu’on ne le croit, se tournent alors vers des biens jugés moins surveillés, où l’occupation peut passer inaperçue plusieurs semaines avant qu’un voisin ou un proche ne donne l’alerte.
Que dit la loi anti-squat et quelles sanctions ?
La loi anti-squat de 2023 a transformé le rapport de force entre propriétaires et occupants illégaux. L’introduction dans un logement par effraction, menace ou manœuvre frauduleuse est punie de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, contre un an auparavant. Le maintien dans les lieux malgré une décision de justice constitue également un délit spécifique.
Sur le plan de la procédure, le préfet peut désormais ordonner une évacuation forcée dans un délai resserré dès lors que le propriétaire dépose une plainte accompagnée de preuves de propriété et d’occupation illégale. Cette procédure rapide s’applique en priorité au domicile principal, mais elle a été étendue aux résidences secondaires occupées de façon manifestement illicite, à condition que le dépôt de plainte intervienne rapidement après la découverte de l’intrusion.
Ce que dit précisément la loi
Le délai pour engager la procédure administrative d’expulsion est passé à 48 heures pour statuer sur la demande du propriétaire, contre plusieurs semaines avant la réforme. Passé ce délai, le préfet doit motiver un refus éventuel.
Quels logements attirent le plus les squatteurs aujourd’hui ?

Résidences secondaires et maisons vides
Les logements vides plusieurs mois consécutifs restent la cible privilégiée. Une maison de vacances fermée d’octobre à avril, sans système d’alarme ni passage régulier, offre un terrain idéal. Les squatteurs profitent souvent d’un week-end prolongé ou d’une absence signalée sur les réseaux sociaux pour s’introduire discrètement, parfois en changeant les serrures dans la foulée.
Ports de plaisance et biens en succession
Autre terrain en expansion : les bateaux et emplacements dans les ports de plaisance, où l’occupation illégale se propage selon un schéma comparable. Les biens issus d’une succession non réglée constituent également une cible fréquente. Un héritage en cours de partage, avec plusieurs héritiers qui ne s’accordent pas sur l’usage du bien, laisse souvent le logement vacant pendant des mois, une aubaine pour qui cherche à s’y installer sans autorisation.
Exemples récents de squat de résidences secondaires
Plusieurs affaires ont marqué l’actualité ces derniers mois. Un cas a particulièrement circulé : une occupante s’était installée dans une maison de campagne sans savoir que le propriétaire, magistrat de profession, disposait des relais nécessaires pour accélérer sa propre procédure d’expulsion. L’affaire illustre à la fois la vulnérabilité des résidences secondaires et la rapidité avec laquelle une situation peut désormais se résoudre lorsque le dossier est bien monté.
D’autres cas concernent des maisons familiales transmises par héritage, occupées pendant plusieurs semaines avant que les héritiers ne s’aperçoivent de la situation à l’occasion d’une visite. Dans ces dossiers, le délai de découverte joue contre le propriétaire : plus l’occupation dure, plus la procédure devient complexe, certains squatteurs invoquant un début de domiciliation pour ralentir l’expulsion.
Comment protéger sa résidence secondaire contre le squat ?

La prévention repose sur des mesures simples mais régulières. Faire passer un voisin, un gardien ou un membre de la famille au moins une fois par semaine réduit fortement le risque, car la plupart des squatteurs évitent les biens visiblement surveillés. Installer un système d’alarme connecté ou une caméra visible dissuade également, tout comme le simple fait de maintenir une boîte aux lettres relevée.
Côté assurance, il existe des garanties spécifiques couvrant les frais de procédure et parfois les dégradations liées à une occupation illégale. Vérifier que son contrat inclut cette protection juridique évite de découvrir, une fois le sinistre survenu, que la prise en charge est limitée. En cas d’intrusion constatée, le réflexe à adopter est immédiat.
- Ne jamais tenter d’expulser soi-même les occupants, au risque de se retrouver en tort.
- Déposer plainte dans les plus brefs délais, idéalement en flagrant délit ou dans les 48 heures suivant la découverte.
- Rassembler les preuves de propriété et d’occupation habituelle du logement.
- Solliciter le préfet pour engager la procédure administrative d’évacuation forcée.
Le signalement rapide reste l’élément déterminant. Plus le dépôt de plainte intervient tôt après la découverte de l’effraction, plus la procédure administrative a de chances d’aboutir dans les délais resserrés prévus par la loi. Pour une résidence secondaire, cela suppose souvent d’organiser une surveillance minimale, même à distance, pour ne pas laisser s’installer une occupation qui deviendrait ensuite plus difficile à faire cesser.




