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Véhicules électriques en entreprise : pourquoi la plupart des flottes manquent de visibilité

Margaux Gauthier
Margaux Gauthier
septembre 22, 2026 6 min
Flotte de voitures electriques alignees dans un parking d'entreprise

Une entreprise sur deux ne sait pas exactement combien lui coûte réellement chaque véhicule électrique de sa flotte. Pas le prix d’achat, non : la consommation réelle, le coût de la recharge sur site, l’usage véritable des bornes. L’électrification des flottes avance, mais elle avance à l’aveugle.

C’est le paradoxe qui traverse aujourd’hui les flottes professionnelles françaises. Les objectifs légaux LOM imposent un verdissement progressif du parc automobile, les gestionnaires de flotte commandent des BEV et des PHEV par centaines, mais très peu d’entreprises disposent d’outils de supervision énergétique capables de dire, en temps réel, ce que consomme chaque véhicule et à quel coût.

Flottes électriques en entreprise : un déploiement encore limité et mal piloté

Le nombre de véhicules électriques en entreprise progresse chaque année, porté par la pression réglementaire et par les engagements de décarbonation affichés par les grands groupes. Mais derrière les annonces, la réalité opérationnelle est plus contrastée. De nombreux gestionnaires de flotte pilotent encore leurs véhicules électriques avec les mêmes outils que pour les véhicules thermiques : tableurs, notes de frais, relevés manuels de kilométrage. Résultat, le suivi de la consommation électrique, de l’autonomie réelle et des coûts de recharge échappe largement à toute analyse fine.

Cette absence de visibilité ne concerne pas seulement les grandes flottes. Les PME qui basculent une partie de leur parc vers l’électrique se retrouvent souvent démunies face à la multiplication des points de recharge, qu’ils soient installés au dépôt, chez les collaborateurs ou sur la voie publique. Sans supervision énergétique centralisée, impossible de savoir si la recharge sur site est optimisée ou si elle génère des surcoûts liés à des pics de consommation mal anticipés.

Les principaux freins à l’électrification des flottes professionnelles

Plusieurs obstacles freinent encore l’adoption massive des véhicules électriques en entreprise, et ils ne sont pas seulement financiers.

Coûts et manque de visibilité financière

Le coût total de possession, ou TCO, reste difficile à évaluer précisément pour un véhicule électrique. Contrairement à un véhicule thermique dont les charges sont connues et stables, un BEV implique des variables nouvelles : coût de l’électricité selon les contrats souscrits, usure des bornes de recharge, éventuels surcoûts liés à la recharge accélérée sur autoroute. Beaucoup d’entreprises intègrent ces données de façon approximative, ce qui fausse les comparaisons entre thermique et électrique et entretient une forme de méfiance chez les décideurs.

Craintes opérationnelles et organisationnelles

L’autonomie des véhicules reste un motif d’inquiétude, notamment pour les flottes itinérantes qui parcourent de longues distances quotidiennes. À cela s’ajoute la crainte d’une infrastructure de recharge insuffisante sur les sites de l’entreprise, ou d’une organisation trop complexe à mettre en place pour gérer les temps de charge entre deux missions. Ces réticences, souvent anciennes, persistent même quand les modèles récents offrent des autonomies largement suffisantes pour un usage professionnel classique.

Le manque de maîtrise du coût de l’électricité et du pilotage de la recharge

Bornes recharge vehicules electriques avec affichage couts energetiques

C’est sans doute le point le plus critique de la gestion des flottes électriques actuelles. Le pilotage de la recharge reste rudimentaire dans la majorité des entreprises. Peu d’entre elles distinguent la recharge lente, réalisée la nuit sur le lieu de travail ou au domicile du salarié, de la recharge accélérée utilisée en journée pour des trajets plus longs. Or ces deux modes n’ont ni le même coût, ni le même impact sur le réseau électrique du site.

Sans supervision énergétique adaptée, une entreprise peut voir sa facture d’électricité grimper sans comprendre pourquoi, ou au contraire sous-utiliser ses bornes faute de visibilité sur les créneaux disponibles. Le gestionnaire de flotte se retrouve alors à arbitrer des décisions d’investissement (installation de nouvelles bornes, renégociation de contrat d’électricité) sans données fiables pour appuyer ses choix.

Le chiffre qui interpelle

Selon une enquête récente d’Enedis, une part significative des entreprises équipées de bornes de recharge sur site ne dispose d’aucun outil de suivi énergétique dédié à leur flotte électrique. Elles pilotent leur consommation sans donnée consolidée, souvent à partir de la seule facture globale du site.

Objectifs réglementaires : où en sont les entreprises ?

La loi d’orientation des mobilités impose des quotas croissants de véhicules à faibles émissions dans le renouvellement des flottes professionnelles. Ces objectifs légaux LOM concernent en priorité les entreprises possédant un parc automobile important, et les seuils progressent chaque année. Une étude de T&E a récemment souligné que la majorité des grandes flottes françaises n’atteindra probablement pas ces objectifs dans les délais fixés, faute d’un rythme de renouvellement suffisant.

Ce retard s’explique en partie par les délais de livraison des véhicules électriques, mais aussi par la prudence de certaines directions financières face à l’incertitude sur les coûts réels d’exploitation. D’autres enquêtes récentes indiquent qu’environ une entreprise sur trois serait déjà en conformité avec les paliers actuels du verdissement, ce qui laisse une majorité encore en retrait par rapport au calendrier réglementaire.

Type de recharge Usage typique Point de vigilance
Recharge lente Nuit, sur site ou domicile Coût plus faible, mais nécessite une planification des créneaux
Recharge accélérée Journée, trajets longs Coût plus élevé, pic de puissance à surveiller

Retours d’expérience des flottes déjà électrifiées : satisfaction et leçons

Conducteurs satisfaits inspectant camionnettes electriques modernes

Les entreprises ayant franchi le cap depuis plusieurs années livrent un constat plus nuancé que les craintes initiales. La satisfaction globale des conducteurs progresse une fois les premiers mois d’adaptation passés, notamment sur les trajets courts et moyens où l’autonomie des BEV récents ne pose plus de difficulté. Les flottes mixtes intégrant des PHEV permettent souvent une transition plus douce pour les équipes encore réticentes à l’électrique pur.

La leçon la plus fréquemment partagée par ces gestionnaires de flotte expérimentés concerne justement la nécessité d’investir tôt dans un outil de supervision énergétique. Ceux qui ont attendu pour se doter d’une visibilité fine sur leur infrastructure de recharge ont généralement rencontré plus de difficultés à maîtriser leurs coûts et à anticiper les besoins d’extension de leur parc de bornes. La transition énergétique des flottes semble ainsi moins liée à la technologie elle-même qu’à la capacité des entreprises à se doter des bons outils de pilotage dès le départ.

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Margaux Gauthier

Amoureuse des projets immobiliers et de la rénovation de patrimoine
Sensible aux décisions qui structurent un projet immobilier et une rénovation durable. Observe les matériaux, les budgets, les économies réelles. Partage quotidiennement ce qui fonctionne : chasser le superflu, construire mieux avec moins, valoriser le patrimoine. Basée en région Occitanie.
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