Immobilier

77,5% d’électricité nucléaire : comment la Slovaquie va détrôner la France

Margaux Gauthier
Margaux Gauthier
septembre 27, 2026 5 min
Centrale nucleaire slovaque au premier plan surplombant francaise

Un petit pays de 5,4 millions d’habitants s’apprête à faire mieux que la France en matière de nucléaire. La Slovaquie va tirer 77,5% de son électricité de l’atome, un niveau que l’Hexagone n’atteint plus. Comment un territoire aussi modeste réalise-t-il cette performance, et que dit-elle de l’avenir énergétique du continent ?

La Slovaquie atteindra 77,5% d’électricité nucléaire en 2027

Le chiffre est net : selon les projections reprises par plusieurs organismes énergétiques, la part du nucléaire dans la production électrique slovaque doit grimper à 77,5% d’ici 2027. La France, longtemps championne européenne du secteur, se situe désormais autour de 65 à 68%, loin de ses 75% historiques d’il y a une décennie.

Ce basculement s’explique par un élément précis : la mise en service complète des réacteurs Mochovce 3 et Mochovce 4. Le troisième bloc, raccordé au réseau, fonctionne à pleine capacité électrique depuis peu, tandis que le quatrième doit suivre le même chemin d’ici la fin de la décennie. Ensemble, ces deux unités ajoutent près de 900 mégawatts au parc nucléaire national, un gain considérable pour un pays de cette taille.

Concrètement, la production électrique slovaque issue de l’atome devrait franchir les 20 TWh annuels une fois Mochovce 4 pleinement opérationnel. Rapporté à la population du pays, cela représente un volume par habitant qui dépasse largement la moyenne européenne, et même celle de la France.

Le chiffre qui change tout : Mochovce 3

À lui seul, le réacteur Mochovce 3 fournit environ 470 MW de capacité électrique supplémentaire. C’est ce bloc qui a fait basculer le mix énergétique slovaque au-dessus de la barre symbolique des 75% de nucléaire, un seuil que la France a quitté depuis 2022.

Un parc nucléaire compact : 4 réacteurs pour 5,4 millions d’habitants

La force de la Slovaquie tient dans la densité de son parc. Le pays exploite deux centrales : Bohunice, la plus ancienne, en activité depuis les années 1970, et Mochovce, où se concentrent les nouveaux investissements. À elles deux, ces installations comptent désormais quatre réacteurs en fonctionnement, bientôt cinq avec l’achèvement du quatrième bloc de Mochovce.

Ce nombre paraît modeste comparé aux 56 réacteurs français, dont plusieurs unités ont déjà connu 28 ans de démantèlement à Fessenheim, mais rapporté à la population, le ratio slovaque devient impressionnant. Chaque réacteur slovaque alimente en moyenne plus d’un million d’habitants, un rendement qui illustre l’efficacité d’un parc récent et bien entretenu. La sûreté nucléaire y fait l’objet d’un suivi renforcé, sous supervision de l’AIEA, notamment depuis la mise en service de Mochovce 3, dont la construction s’est étalée sur plus de trente ans.

Cette longévité du chantier rappelle une réalité souvent oubliée : construire une centrale nucléaire prend du temps, même dans un pays motivé politiquement. La Slovaquie a persévéré là où d’autres nations européennes ont abandonné leurs projets, à l’image des 12 milliards engloutis dans le surgénérateur de l’Isère, misant sur une stratégie de décarbonation assumée et continue.

La France diversifie son mix énergétique et descend sous les 70%

Eolienne blanche et panneaux solaires pres de tours nucleaires

Si la France recule dans le classement, ce n’est pas parce que sa production électrique nucléaire s’effondre. Le pays reste le deuxième parc nucléaire mondial par sa capacité électrique installée, avec des dizaines de gigawatts en service, un dynamisme aussi porté par des acteurs comme Newcleo, dont l’entrée en bourse à Wall Street bouscule le secteur. La baisse relative du pourcentage s’explique par la montée en puissance des énergies renouvelables dans le mix énergétique national.

L’éolien et le solaire progressent chaque année en France, ce qui mécaniquement réduit la part relative du nucléaire, même si sa production en TWh reste stable, voire en légère hausse. La transition énergétique française vise un équilibre entre plusieurs sources plutôt qu’une dépendance quasi exclusive à l’atome. Le projet EPR de Flamanville, longtemps retardé, illustre aussi les difficultés françaises à renouveler son parc au même rythme que la Slovaquie.

Cette diversification a un coût symbolique : perdre la première place mondiale en pourcentage de nucléaire. Mais elle répond à une logique de résilience énergétique, moins dépendante d’un seul type de centrale.

Classement mondial : qui sont les autres champions du nucléaire ?

Pays Part du nucléaire dans l’électricité
Slovaquie77,5% (projection 2027)
France65 à 68%
Hongrieenviron 48%
Ukraineenviron 55%
Belgiqueenviron 40%

Ce tableau montre que la Slovaquie et la France forment un duo à part en Europe, très au-dessus des autres nations. La Hongrie et l’Ukraine, malgré leurs propres centrales nucléaires, restent en retrait faute d’investissements aussi massifs que ceux consentis à Mochovce.

Perspectives : l’avenir du nucléaire en Europe

Ce basculement entre la Slovaquie et la France dépasse la simple statistique. Il traduit deux stratégies opposées face aux mêmes enjeux de décarbonation : miser sur un parc nucléaire concentré et récent, ou diversifier progressivement les sources de production électrique. L’Europe, dans son ensemble, cherche à concilier ces deux approches pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles.

D’autres pays observent de près l’expérience slovaque, notamment pour la gestion de projets longs comme celui de Mochovce. La France, de son côté, prépare la construction de nouveaux réacteurs EPR2, qui pourraient à terme rééquilibrer son mix énergétique vers davantage de nucléaire, sans pour autant revenir aux niveaux d’antan à court terme.

Partager cet article
Margaux Gauthier
Écrit par

Margaux Gauthier

Amoureuse des projets immobiliers et de la rénovation de patrimoine
Sensible aux décisions qui structurent un projet immobilier et une rénovation durable. Observe les matériaux, les budgets, les économies réelles. Partage quotidiennement ce qui fonctionne : chasser le superflu, construire mieux avec moins, valoriser le patrimoine. Basée en région Occitanie.
4,7/5 (22 votes)

A lire aussi

Laisser un commentaire —

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *